LE SOCLE COMMUN, promesse démocratique

Bernard Desclaux : une condition oubliée pour le socle commun

La loi de 2005 a enfin formulé un objectif éducatif à l’école obligatoire en France, le socle commun de connaissances et de compétences. Elle apparaît à la suite d’un long combat raconté par Claude Lelièvre publié juste avant sa promulgation (L’école obligatoire : pour quoi faire ? Une question trop souvent éludée, 2004, Editions Retz).

L’issue de ce combat on le voit est encore incertain. En effet le principe du socle commun s’oppose à celui de la méritocratie soit disant « républicaine ». La loi affirme que l’école obligatoire se doit de faire acquérir à tous les élèves ce socle commun. C’est sans doute un objectif utopique à atteindre, mais cela impose de ne pas considérer le socle comme un étalon de mesure et de classement des élèves.

La conséquence et la condition pour que cet objectif s’incorpore réellement dans les pratiques pédagogiques, c’est tout simplement que les procédures d’orientation gérant la circulation des élèves dans le système soient supprimées.

C’est la 13ème mesure que j’avais proposée aux Cahiers pédagogiques, formulée ainsi :
Supprimer progressivement les procédures d’orientation au collège, en commençant par le palier 6ème. Cela donnerait du temps pour une reconfiguration des pratiques pédagogiques, une réelle mise en œuvre de l’éducation à l’orientation, et une réorganisation des lycées, qui incluraient une réelle seconde de détermination de son orientation (pour et par l’élève).

La question des procédures d’orientation me semble absente des débats actuels à l’occasion de la présidentielle. Pour moi il est à la fois surprenant et logique que l’orientation, la manière dont elle fonctionne dans notre système scolaire, ne soit pas mise en débat.

Ainsi, à aucun moment au cours du Grand débat de 2004, l’orientation n’a été remis en cause, ni par les enseignants, ni par les élèves (ils se plaignaient des conditions de l’évaluation, mais pas de l’évaluation elle-même par leurs propres enseignants), ni par les parents ! (Les Français et leur école. Le miroir du débat. Commission du débat national sur l’avenir de l’école. Dunod, 2004, 600 pages.) Au fond on a le sentiment que les procédures d’orientation en France se sont fondues dans le fonctionnement même du système scolaire. Et elles apparaissent comme normales, évidentes.

Je résumerais ma position de la manière suivante : depuis 2005, le collège est le lieu où se termine l’acquisition, pour tous les élèves, du socle commun. L’objectif est bien pour tous les élèves. Or en maintenant les procédures d’orientation tout au cours du collège (6ème, 4ème, et surtout 3ème), on affirme la fonction sélective du collège. Cela explique que le collège n’a jamais pu être « unique », il a toujours différencié des parcours particuliers, permettant ainsi des prises de décision en fin de troisième à la fois plus évidentes pour les intéressés, et moins culpabilisantes pour les décideurs, les élèves ayant déjà été triés par les parcours.

Maintenir l’orientation en fin de troisième c’est maintenir ces filières internes aux collèges. Que dire, alors de l’idée d’un préapprentissage en cours de collège… ?

L’autre effet du maintien de la fonction de sélection du collège, c’est de maintenir les enseignants dans un paradoxe pragmatique : faire réussir tout le monde, mais s’arranger pour faire des différences pertinentes !

Je développe ces idées sur mon blog Educpros :

De quelques caractéristiques de la forme scolaire du secondaire

Les « J’voeux » présidentiels au monde de l’éducation

Conséquences du collège unique

Bernard Desclaux
Directeur de CIO et formateur
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Un commentaire sur “Bernard Desclaux : une condition oubliée pour le socle commun

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Cette entrée a été publiée le 15 mars 2012 par dans Contributions.

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